SORTIE RAPACES, MAIS PAS QUE...
Pour une sortie programmée quelques mois à l'avance, la météo, hélas, n'est jamais garantie. Démonstration faite ce matin du 3 mai, à la Plaine, où six d'entre nous se désespèrent, attendant en vain la fin d'une averse.
UN DÉTOUR PAR L'ÉTANG DE LA THIBAUDIÈRE
De toute façon, il est trop tôt pour les rapaces. Un détour par l'étang de la Thibaudière, tout proche, est l'occasion de découvrir ou de revoir ce site riche en oiseaux. Dommage que le propriétaire (au fait, l'étang est à vendre. 34000 €. On se prend à rêver d'une acquisition par la LPO!) ait eu l'idée saugrenue d'occulter tout un côté de l'étang par une plantation de lauriers-palmes, ne laissant ça et là aux observateurs que quelques bien modestes trouées. Sous l'averse qui continue, les oiseaux sont moins actifs. Quelques mâles de Fuligules milouins sont néanmoins occupés à courtiser des femelles. Un Fuligule morillon est entrevu et des Foulques macroules se poursuivent pendant que circulent quelques Grèbes huppés et que se fait brièvement entendre un Grèbe castagneux. Sur de larges branches , tout près de l'eau, un Chevalier guignette est perché, non loin de trois Grands cormorans.
Dans la végétation environnante, les cris nerveux d'une Bouscarle et le refrain puissant de quelques Rossignols philomèles dominent le concert des autres oiseaux: doux roucoulements d'une Tourterelle des bois, babil continu d'une Fauvette des jardins et bavardage pressé d'un Hypolaïs polyglotte. Mais, vers le nord-ouest le ciel semble se dégager; il est temps de rejoindre notre belvédère à rapaces.
LES PLACES, UN BALCON DONNANT SUR LA FORÊT
Le site est le seul point haut permettant de surplomber la partie sud-est de la forêt de Vezins. Une aubaine pour observer les rapaces. L'énorme enclume d'un cumulonimbus reculant lentement vers le sud-est permet au soleil de s'imposer progressivement. En attendant que se montrent les rapaces, nos yeux et nos oreilles ne chôment pas. Tout près de nous, c'est un vrai festival. Chevêche d'Athéna posée sur le toit d'un hangar, Bergeronnette printanière venant se nourrir à proximité (plus tard, nous en verrons trois autres), Chardonnerets élégants s'activant dans des arbustes, hirondelles rustiques locales se nourrissant au dessus des champs tandis que d'autres ne font que passer et s'éloigner plein nord. Hérons cendrés faisant la navette entre leurs sites de pêche et leur colonie toute proche. Le tout pendant que s'égosillent des Alouettes des champs et que deux Huppes fasciées répètent à l'envi leur Oupoupoup, l'une d'elle n'hésitant pas à chanter à découvert.
Photo Thierry DevanneLes rapaces, eux, tardent à se montrer. Hormis une Buse variable se séchant au faît d'un pylone, le ciel au dessus de la forêt est bien vide. Un mâle de Busard Saint-Martin vient malgré tout chasser au dessus des céréales et un Élanion blanc vient tenter sa chance non loin de nous. Nous admirons l'élégance de son vol. L'un de nous entrevoit au loin la parade d'un autre Busard Saint-Martin. Un Faucon crécerelle vient dévorer sa proie, perché sur une ligne électrique.
Photo Thierry DevanneL'air se réchauffant peu à peu, les Buses sont les premières à s'élever au dessus du moutonnement de la forêt. Mais il faut attendre 11h30 pour que le ciel s'anime vraiment. Vers le sud, au dessus du bocage, une dizaine de buses commencent à cercler pendant que, côté forêt, certaines festonnent. Deux Éperviers d'Europe prennent de l'altitude – peut-être un conflit territorial –. Un rapace nettement plus grand qu'une buse s'élève à son tour, bientôt harcelé par une buse défendant sa zone. L'envergure, les zones claires des sus-alaires, la tête toute blanche et le dessous clair sont les marques d'un immature de Circaète Jean-le-blanc (3ème ou 4ème année?). Tout le monde a le temps de le détailler avant qu'il ne disparaisse vers l'est. Entre les observateurs, les questions fusent, les explications aussi, notamment sur la tenue des ailes en vol caractéristique de telle ou telle espèce de rapace.. Bientôt les gestes se joignent à la parole.
6 espèces de rapaces en tout. Pas si mal pour une sortie que l'on croyait condamnée par la météo! Une occasion de plus pour certains de se familiariser avec des critères d'identification pas toujours faciles à maîtriser et à mémoriser. Et puis il y a toujours ce plaisir de pouvoir se retrouver pour partager un temps notre passion pour les oiseaux. Pari réussi.
Jean-Michel Logeais
